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Contexte

La transition écologique et sociale (TES) de l'économie est aujourd'hui considérée par les institutions nationales, européennes et internationales comme une nécessité incontournable. Dans le cadre systémique qui caractérise les sociétés actuelles, les institutions et nombre de chercheurs identifient cette transition comme l'unique voie permettant de faire coexister croissance économique, équité sociale et préservation de la planète. C'est ainsi que s'exprime notamment le Programme des Nations Unies pour l'Environnement. L'Organisation Internationale du Travail estime que "l'économie verte" a généré des dizaines de millions d'emplois et permettra de créer 15 à 60 millions d'emplois supplémentaires dans le monde. Au niveau européen, le Commissaire Européen pour l'Environnement Janez Potocnik insiste sur le leadership des entreprises européennes dans le domaine des écotechnologies, sur l'intérêt pour les entreprises d'améliorer l'efficacité des ressources. Il insiste aussi sur la crédibilité des "allégations environnementales des produits et services" pour que l'économie verte soit une réussite.

Le discours dominant (et par ailleurs assez récent) indique notamment que cette transition passe par le développement et la mise en œuvre de l'économie circulaire (EC). Synonyme pour certains d'Écologie Industrielle et Territoriale (EIT) , d'autres voient une relation d'inclusion entre l'EIT et l'économie circulaire. Le ministère de l'Écologie, du Développement Durable et de l'Énergie définit cette économie circulaire comme un "modèle de développement basé notamment sur une réduction et une meilleure réutilisation de nos déchets pour épargner les ressources naturelles". Plusieurs séminaires nationaux organisés par des territoires ou les services de l'État français, tels que le CATEI ou les Rencontres de Fos, ont mis en évidence l'intérêt pour les démarches portées par les chercheurs de la communauté interdisciplinaire visant à faire de l'EIT un des modes de réflexion et d'analyse des sociétés humaines face aux enjeux du développement durable. Il reste néanmoins, dès le départ au sein de cette communauté, que deux visions diffèrent entre chercheurs s'inscrivant dans une économie de marché, plus ou moins régulée par l'État, et soutenue par une forte innovation technologique, et chercheurs considérant que la réflexion devrait également porter sur de sérieux questionnements quant aux fondements (économiques, sociaux, productivistes, etc.) actuels des sociétés occidentales. Cette deuxième communauté ne réfute pas le discours selon lequel l'EIT et l'économie circulaire peuvent être fortement associées à un moyen de répondre au défi de la réindustrialisation, et plus largement fonder une dynamique territoriale. Cependant, elle place le curseur vers une durabilité plus forte, moins fondée sur l'essor d'un capital technologique et sur son primat par rapport au capital naturel.
 

Objectifs

Il y a deux ans, COLEIT 2012 a offert l'opportunité à des participants issus de différentes disciplines d'échanger sur de nouvelles approches/méthodologies et d'ouvrir de nouvelles pistes de recherche dans le domaine de l'EIT. Elle a également permis d'initier la création d'une communauté scientifique multidisciplinaire dont les travaux et réflexions se rejoignent autour de la question de l'EIT. La prochaine étape devrait viser à accroître les travaux interdisciplinaires entre les chercheurs de cette communauté naissante, sans en sous-estimer, cependant, les difficultés : création d'un vocabulaire commun, compréhension croisée des concepts des uns et des autres.

Ce colloque a pour objectif principal de faire progresser l'état actuel des connaissances et des recherches de l'écologie industrielle et territoriale tant aux niveaux scientifique qu'opérationnel. Il s'adresse aux chercheurs, enseignants-chercheurs et doctorants des sciences humaines et sociales, des sciences de la terre et de la vie et des sciences de l'ingénieur. Le questionnement central autour duquel les propositions de communication devront porter s'appuie sur deux axes :

- d'une part sur la contribution théorique, stratégique et opérationnelle de l'EIT à la question de la transition écologique et sociale de l'économie qu'il convient d'interroger (Axe 2), si tant est que celle-ci ait un sens compte-tenu des enjeux de la transition tels qu'ils sont considérés (axe 1);

- d'autre part sur la contribution supposée de l'EIT à la construction d'un projet de territoire répondant à des enjeux de durabilité, en faisant notamment référence aux aspects de gouvernance, de méthodologies, d'outils, ou encore d'évaluation.

1 - http://www.developpement-durable.gouv.fr/Qu-est-ce-que-la-transition.html

2 - Pour une définition de la notion d'EIT : Brullot, S., Maillefert M., Joubert J., Stratégies d'acteurs et gouvernance des démarches d'écologie industrielle et territoriale, Développement durable et territoires [En ligne], vol. 5, n°1, février 2014 ; Buclet, N. Ecologie industrielle et territoriale : Stratégies locales pour un développement durable. Presses Universitaires du Septentrion, 2011.

3 - Comité d'Animation Territoire Durable et Écologie Industrielle, créé en 2012 sous l'égide du CGDD. Il comprend des administrations (ministère de l'Écologie, du Développement Durable et de l'Énergie, ministère du redressement productif), l'ADEME, la CCI de France, des collectivités locales, des associations telles que Orée et ETD.

 


Des sessions plénières seront
organisés autour des thématiques suivantes :


 Axe 1 
Transition et développement durable : débats et orientations épistémologiques, débats idéologiques

Il s'agit ici de s'intéresser plus globalement à la question des enjeux de durabilité portés par la transition écologique et sociale de l'économie. Le fait de parler de transition de l'économie, et non de la société, en appelle-t-il à une vision s'appuyant essentiellement sur le paradigme social dominant de la consommation et de la production de masse, offrant ainsi une vision étriquée de la transition et ses enjeux ? L'EIT semble constituer une opportunité opérationnelle pertinente pour contribuer à cette transition selon les discours politico-économiques nationaux et internationaux. Cependant, son ambition scientifique ne doit-elle pas se situer à un autre niveau, en permettant notamment de penser autrement les enjeux de la transition ?

 Axe 2 
Transition écologique, économique et sociale et développement des territoires

L'EIT est susceptible d'être mobilisée sur les territoires afin de favoriser la transition écologique, économique et sociale. Mais qu'est-ce que cela signifie du point de vue de l'organisation des territoires et de leur potentiel de développement ? La notion de transition appelle-t-elle à une transformation en profondeur des modes de production, d'organisation et de consommation des flux de matières et d'énergie des territoires, selon les principes de l'EIT, ou s'agit-il de " verdir " de nouvelles modalités de production énergétique et de gestion de déchets éco-efficaces ? Il s'agira également d'interroger le potentiel de développement territorial des stratégies d'EIT : ancrage territorial, industrialisation ou ré-industrialisation, création de nouveaux modèles économiques, structuration ou pérennisation de filières, résilience et vulnérabilité des territoires (urbains, péri-urbains, ruraux). Enfin, une réflexion sur les enjeux spécifiques des territoires urbains, industriels, ruraux et les rapports villes-campagne sera également menée dans cet axe. La meilleure compréhension des synergies, juxtapositions, concurrences ou exclusions territoriales entre zones agricole, urbaine et industrielle est aujourd'hui un enjeu essentiel. L'écologie industrielle et territoriale appelle la mise en œuvre de pratiques nécessitant un décloisonnement, dont il convient d'en identifier les leviers et les verrous, entre ces espaces et les acteurs qui les occupent et les gèrent.

 Axe 3 
Retours d'expériences

Les démarches d'écologie industrielle et territoriale se multiplient en France et à travers le monde. Force est de constater que ces démarches se diversifient et que le modèle de la symbiose industrielle, tant convoitée et analysée par bon nombre de chercheurs, n'est plus l'unique illustration de la stratégie d'écologie industrielle et territoriale. Périmètres, objectifs, modalités de gouvernance et résultats sont autant de paramètres qui diffèrent d'une démarche à l'autre. Des projets territoriaux spontanés émergent alors que des démarches structurées et accompagnées de méthodologies et d'outils dédiés à l'EIT ne donnent lieu qu'à peu de " synergies ". Quelles leçons en tirer ? Serait-il intéressant de catégoriser les différentes démarches d'EIT que l'on rencontre aujourd'hui sur les territoires ? Répondent-elles à des besoins différents ? Assistons-nous à une diversification du modèle de la symbiose industrielle ?

 Axe 4 
Outils et méthodes de diagnostic, d'évaluation et d'aide à la décision

Dans cet axe sont attendues des papiers permettant de présenter et de faire une analyse critique de l'utilisation d'outils, ainsi que des différentes approches méthodologiques qui existent et qu'il conviendrait de développer compte-tenus des besoins. Plus largement, il s'agit également de présenter des approches innovantes facilitant la mise en œuvre de démarches d'EIT, d'en assurer le suivi organisationnel, fonctionnel et de gouvernance, ou encore d'en évaluer les performances via des approches monocritères ou multicritères.
L'accent étant mis sur l'interdisciplinarité qui caractérise bon nombre de travaux en EIT, une attention particulière sera portée aux contributions explicitant la nécessité de croiser des approches méthodologiques qualitatives et quantitatives, les verrous rencontrés et les développements réalisés.
Enfin, la modélisation et la simulation des relations et des interactions entre les différents acteurs d'un territoire peuvent en particulier permettre de mieux comprendre le fonctionnement d'un territoire. Comment identifier ses acteurs clés ? Leurs points de convergence et de divergence quant à la perception des territoires et de futures trajectoires possibles permettent-ils d'initier un processus de co-construction d'un projet de territoire ? Des scénarios d'évolution d'un territoire peuvent ainsi être construits, évalués et comparés selon différents critères (degrés de résilience, d'autosuffisance, d'évaluation environnementale) afin de faciliter la prise de décision des parties intéressées par le projet de territoire. En particulier, une meilleure connaissance qualitative et quantitative des interactions entre les trajectoires des politiques publiques en matière de développement territorial et l'évolution d'une entreprise industrielle semble nécessaire pour appréhender les conséquences sociétales des décisions des différents acteurs du territoire. Quelles informations locales intégrer pour aider à la décision des acteurs territoriaux sur les stratégies de développement à privilégier ? Quelle pertinence des modèles quantitatifs mettant en œuvre des bases de données génériques pour évaluer des scénarios spécifiques localisés ? Est-il pertinent d'intégrer la notion de valeur sociétale à travers des indicateurs évaluables quantitativement ? Etc.

 Axe 5 
Gouvernance et actions collectives

L'écologie industrielle et territoriale est une action collective qui semble susciter de nouvelles modalités de gouvernance territoriale impliquant des acteurs publics et privés. Il s'agit ici de s'intéresser à l'aspect organisationnel des démarches d'EIT qui par définition doivent articuler une multitude d'acteur et d'utilisation du sol (agriculture, urbain, …). La notion de confiance souvent évoquée comme élément indispensable à la coopération et à l'interaction des acteurs est-elle suffisante ? Il est souvent fait référence à un contexte relationnel favorable à l'émergence de démarches d'EIT mais cela signifie-t-il qu'il existe des territoires dont le contexte organisationnel n'est pas favorable à la coopération ou à la co-construction ? Est-il possible de le créer ? Quels sont les facteurs déterminants ? Enfin, coopération, co-construction, coordination, coopétition, simple échange d'informations … peut-on définir un seuil minimum d'intensité à atteindre dans la nature des relations entre acteurs ?